La Fin

Nous vous invitons à découvrir ce deuxième épisode de notre série d’histoires “personnages des fermetures de zone à la pêche ».

L’histoire qui suit narre une désintégration, l’effondrement d’un projet de fermeture de la pêche au poulpe. L’histoire est racontée dans le contexte d’une réunion organisée par le comité de la pêche et qui réunit l’ensemble de la communauté.

“Regardez” dit Pandu à ses collègues du comité de pêche alors qu’ils se trouvaient devant le bâtiment de l’école du village, en train d’attendre que les gens arrivent à la réunion communautaire, “souvenez-vous quand Ali Said a attrapé ce poulpe de 6 kg à la deuxième réouverture de la zone fermée, cela m’a fait comprendre que lorsque l’on conserve notre espace naturel, ce que l’on pêche aura de la valeur, même dans le monde où nous le vendons, ce genre de capture montre qu’il y a un réel besoin de conserver, que lorsqu’on conserve, on obtient quelque chose qui a du sens”.

“Oui Pandu, nous te soutenons” dit Fatma, le secrétaire du comité de pêche, “je veux que ce projet redémarre, on peut développer à partir de là, on peut avoir un développement ici »

« Je pense que nous tous au comité voulons que ce projet recommence Pandu, mais nous ne pouvons pas permettre que la communauté se déchire à nouveau, comme ce fut le cas précédemment » ajouta Hamis, un autre membre du comité de pêche.

Ils se remémorent collectivement les conflits et désaccords entre les différents groupes de villageois à propos du projet de conservation, qui fut en conséquence forcé de prendre fin deux ans plus tôt. Pandu se souvint des gens se disputant à la Mosquée, même aux funérailles, à propos du projet, des poulpes et des voleurs. Cela était même allé au point où les gens se détestaient, si quelqu’un ne soutenait pas le projet, ils étaient aliénés. Le comité, avait dû le dire à l’ONG, celle qui était venue mettre en place les fermetures de pêche au poulpe dans les récifs, que le conflit empirait sur l’île. L’ONG était venu, et même le département de la pêche, ils avaient eu des réunions dans les villages, mais s’étaient confrontés avec les plus têtus, ils avaient réalisé que le problème ne venait pas du comité mais de certains membres de la communauté. Nous, le comité, ne sommes pas le problème. L’ONG et le gouvernement se retrouvèrent coincés et décidèrent de laisser le processus entre nos mains. L’ONG dit qu’elle mettrait fin au projet à cause de tous les malentendus créés, qu’il fallait d’abord résoudre tous les doutes avant de commencer le projet de conservation à nouveau.

« Eh bien voilà où nous sommes deux ans plus tard » refléta Pandu à ses collègues, « mais je pense que nous sommes proches, commençons cette campagne ».

« J’espère que nous le sommes Pandu, une côte qui n’est pas fermée, un espace sans fermetures, n’a aucun développement, n’importe quel espace avec une fermeture à la pêche aura de bons résultats, les bénéfices seront pour la communauté, mais aussi l’ONG et le Gouvernement, qui en tireront un revenu.

Lorsque nous conservons, nous serons visités par des ONG, comme lorsque cette fille irlandaise, Liz, est venue ici, si l’espace côtier n’est pas fermé, on ne peut pas avoir accès à ces personnes ». « Oui Hamis », répondit Pandu « en toute vérité, le fait qu’on ne ferme pas immédiatement signifie qu’on ne peut pas se développer, nous n’aurons pas de visiteurs et aucune histoire à raconter ».  

Fatma continua « auparavant nous étions célèbres pour nos poulpes, quand nous visitions d’autres endroits, les gens demandaient ahhh dans votre île il y a des poulpes, faites-moi un cadeau quand nous voyageons les gens demandent oh, comment vont les poulpes, il n’y a plus de poulpes maintenant. »

« Oui, c’est une perte en effet Fatma, dans le passé nous étions célèbres grâce à nos poulpes » ajouta Hamis, se tournant vers le reste du comité « Ce projet a du sens pour nous, les gens d’ici, pour de très nombreuses raisons. Mais nous avons besoin de la collaboration du Gouvernement central si nous voulons essayer de nouveau avec nos villages ici. Et comme l’ONG l’avait dit, on ne peut pas forcer le projet, c’est une question d’accord et de satisfaction, pas besoin de forcer, on peut aller de l’avant et réussir dans le futur, espérons qu’il y aura du calme à présent ».

Pandu regarda à travers la fenêtre et vit le chef du village, le Sheha, qui arrivait pour la réunion, suivi lentement par d’autres groupes de personnes qui faisaient leur chemin vers le bâtiment de l’école. Le comité prit place à leurs chaises, face à la salle alors que les villageois dépliaient leurs tapis et s’asseyaient face à eux, attendant qu’ils démarrent.

La réunion débuta avec des discussions regardant le malencontreux échec des fermetures de zone à la pêche, les raisons derrière cet échec, allons de l’avant à partir de ça.

« Écoutons les femmes qui pêchent sur la côte » invita le Sheha par-dessus le brouhaha des bavardages d’une centaine de villageois de deux villages de l’île. Deux ou trois des groupes les plus importants de femmes se firent entendre.

« Ce sont les plongeurs en apnée qui ont détruit la fermeture de la pêche, ils savaient que si c’était fermé, ils ne pourraient pas plonger, ils ne pourraient pas accéder à la zone fermée. Mais ils y vont, ils y allèrent » grommela une vieille femme.

Sa fille ajouta: « On ne peut pas les contrôler parce qu’ils peuvent s’engager dans l’eau à n’importe quel moment. Ils volèrent et volèrent, ce qui nous découragea tous de poursuivre la fermeture. Après que la décision de fermer fut prise, ils perturbèrent tout, ils avaient leurs propres réunions après les réunions communautaires où tout le monde était présent.”

Une autre pêcheuse ajouta : Oui, lors de la réunion pour la troisième fermeture les gens étaient contre le projet, ils crièrent non, les plongeurs en apnée dirent que la pêche devrait être ouverte et qu’ils se battraient contre n’importe qui qui essayerait de la fermer, ils dirent de laisser la côte ouverte et de voir ce qui se passerait. Les réunions prirent fin et lorsque les réouvertures eurent lieu, plus personne ne débarquait quoi que ce soit. Pourquoi la moitié de la communauté devrait s’enrichir pendant les fermetures grâce au vol alors que l’autre moitié souffre ? On abandonna les fermetures ».

« J’ai tendance à être d’accord avec vous mama » fit remarquer Pandu, « Je me souviens de la troisième réunion, où les gens ont commencé à ne plus être d’accord, on essaya de fermer une dernière fois après cela et c’est à cette réunion là que beaucoup d’entre vous refusèrent le projet, donc nous fûmes forcés d’y mettre fin. De jeunes hommes surgirent et causèrent des problèmes, pas seulement des plongeurs en apnée mais aussi des plongeurs avec des tubas. Nous, le comité, essayâmes d’infliger des amendes, et de mettre en application l’usage d’amendes mais certains refusèrent de payer.

« Tu sais quoi, kaka, frère, Pandu » entama une vendeuse de soupe au poulpe, « Je pense que ce projet prit fin parce que nous n’étions pas prêts, nous n’avons pas pris en compte ce qui nous avait été dit, et cela s’est terminé en disputes, nous n’avons pas donné leur chance à ces gens venus nous éduquer au sujet de la conservation. Si eux, ou d’autres étrangers ne reviennent pas ici, on ne peut pas recommencer ce projet car nous avons la tête dure.

Des rires étouffés parcoururent la foule.

« Dada, chère sœur, ce n’est pas moi qui est la tête dure, c’est celle des pêcheurs » répliqua un des principaux commerçants de poulpes de la région.

« Oui, kaka, dis-lui toi » confirma un autre commerçant. Le premier poursuivi : « le chaos qui prit place était entre les pêcheurs et les gens en charge du projet. Les pêcheurs sont ceux qui ont initié ce conflit. Aussi bien ceux qui plongent que ceux qui pêchent à pieds ont des problèmes ».

A ce moment-là, des cris indignés se firent entendre de la foule, alors que les pêcheurs de tout type de pêche se plaignirent de cette calomnie à leur égard. Le sheha se leva et le silence reprit la salle, permettant au commerçant de continuer.

« Les pêcheurs n’étaient pas satisfaits, ils ont peut-être donné leur accord pour fermer la zone, mais après un court moment ils ont perdu confiance et le chaos a commencé. Ils ont vu le revenu que la mer apporte après un mois et demi de fermeture à la pêche, et puis le chaos. Les plongeurs y sont allés, les pêcheurs à pieds ne pouvaient pas, le chaos ».

« Mais écoutez-moi » intercepta une pêcheuse, « si mon enfant pêche, je serais en désaccord avec ceux qui veulent fermer la côte , pourquoi la ferment-ils alors que nos enfants vont y chercher leur pain quotidien, parce que la côte appartient à Dieu, mais quand un bénéfice entre pour nous tous, c’est là que le conflit commence, j’insulterais celui qui a accepté que la côte ferme parce que j’ai mon enfant qui y pêche, je n’autoriserais pas que la côte ferme car mon enfant ne pourra pas plonger. »

« Je pense qu’il est temps que nous puissions parler », dit un jeune plongeur en apnée depuis le coin de la salle où il était assis avec ses compagnons. Une vague de murmures s’empara de la salle alors que les gens se tournaient pour voir lequel d’entre eux prenait la parole.

« Le projet de fermeture d’ici a pris fin car certains d’entre nous étaient en conflit » prit soin d’accentuer le plongeur, il y a les gens qui utilisaient l’espace qui fut choisi pour être fermé plus que d’autres, ils se sont plaints car ils dépendaient uniquement de la zone fermée, c’est cela la raison de la révolte, et ils ne veulent pas que la côte soit fermée car leur revenu dépend trop de la côte. » Ses compagnons acquiescèrent en signe d’accord.

« Qui sont ‘eux’ ! » cria quelqu’un depuis le fond de la salle. Le plongeur en apnée continua en haussant la voix”:

« Regardez, les gens volaient, les gens braconnaient, les gens ne respectaient pas les règles, les gens étaient pénalisés mais certains ne payaient pas, beaucoup d’argent n’était pas payé, vous pouviez même traîner quelqu’un au tribunal et il refusait de payer l’amende. »

« Oui ! » le rejoint son compagnon avec sincérité, « les gens arrêtèrent de payer leurs amendes, ils disparurent jusqu’à ce que le projet pris fin, en conséquence les gens dirent qu’on ne pouvait pas se rencontrer et discuter la côte car nous n’avions pas d’égalité de droit, les gens promettaient de payer puis ne le faisaient pas »

Dix minutes s’ensuivirent d’allers-retours entre commerçants, vendeurs de soupes et frituriers de poulpes, pêcheuses, pêcheurs à pieds, les plongeurs en apnée, les membres du comité,

« Nous n’avons pas besoin que ce conflit recommence » avertit une commerçante

« Mais dada, maintenant il n’y a aucun poulpe » souligna une pêcheuse « nous faisons confiance à Dieu parce qu’il nous a créé et lui seul sait comment nous allons survivre, »

« Que Dieu nous vienne en aide » répondirent quelques compagnons assis à côté d’elle.

« Dieu nous apporte la côte, afin que nous puissions l’utiliser pour nos propres bénéfices » rétorqua un plongeur en apnée

Le Sheha riposta « Bwana mdogo, jeune homme, sommes-nous autorisés d’utiliser tout ce que nous souhaitons simplement parce que cela nous est donné par Dieu ? Ou l’utilisons-nous avec sagesse afin que ces ressources soient durables ? »

Le plongeur en apnée l’ignora royalement et continua « nous pouvons coopérer maintenant, nous ici, la coopération existe maintenant car nous pouvons chacun aller ou nous le souhaitons sur la côte, contrairement à auparavant »

« Tu as raison mon garçon » réagit une pêcheuse plus âgée, « lorsque ce projet se termina, nous fûmes plus unis, les insultes prirent fin parce que la côte était libre, nous sommes maintenant plus unis, comme des proches, même père, même mère. Nous avons de nombreuses côtes, quand une fermeture a lieu dans cette côte ci, vous obtiendrez d’autres endroits, c’est le pays le plus riche mais nous le rendons pauvres car nous n’avons pas d’entente.

Translation by: Anna Garré

https://www.stockholmresilience.org/education/graduatelevelmasters/students/garre.5.66e0efc517643c2b810362e.html

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About lizdruryoneill

Liz is an interdisciplinary sustainability scientist with training in both the natural, social and behavioural sciences. Through qualitative and quantitative methods in conjunction with many years field-based research, her work essentially focuses on fisheries, seafood trade and markets in low-income countries, from a human wellbeing perspective. Her research covers: value chain dynamics, trade and food security, fishing behaviour/decision-making, market processes, social relations and coastal livelihood strategies, MPAs, Interventions. Through her professional career she has researched coastal fisheries in Ghana, Tanzania, Moçambique and the Philippines.

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